Un réel effort de maîtrise de nos consommations d’énergie permettrait à minima de diminuer significativement le niveau de consommation et d’augmenter par conséquent la part du renouvelable dans la production et la consommation d’énergie totale. Le scénario énergétique 2011 élaboré par les experts du réseau Négawatt montre que le gisement de « Négawatt » au niveau national représente un potentiel d’économie d’énergie d’environ 65% d’ici 2050 !

En 2012 : libérons les énergies de la transition !

En début d’année 2011, l’annonce de l’exploration du sol Français en vue d’y extraire des gaz de schistes a provoqué un véritable tollé partout en France. Non renouvelable, cette source d’énergie présentée comme prometteuse par les groupes pétroliers exploitants a fait notamment des Etats - Unis le 1er producteur mondial de gaz en 2010.

En cause, la technologie dite «de fracturation hydraulique» développée par les américains pour extraire les gaz de schistes, qui s’est révélée dévastatrice pour les milieux naturels, la faune, la flore et la santé humaine. Dans le Lot, nous avons manifesté à la hauteur de l’indignation que ces projets ont provoqué.Un collectif «Non au Gaz de Schistes » a très vite vu le jour regroupant des élus, des citoyens, de nombreuses associations militantes dont Quer

cy Energies. Notre association a ainsi directement participé à plus d’une douzaine de réunions d’information et de débats, souvent précédés de la projection de GazLand. Réalisé par un journaliste américain indépendant, ce documentaire montre les dégâts environnementaux causés par l’exploitation aux Etats-Unis de ce gaz loin d’être naturel.

Les institutions sont également montées au créneau : les élus du Conseil général ont voté une motion en février dénonçant le projet d’exploitation et demandant au gouvernement

de respecter l’esprit du Grenelle de l’environnement. Le Conseil Régional de Midi-Pyrénées s’y est également formellement opposé. Enfin, de nombreuses communes françaises ont délibéré contre toute forme d’exploration et d’exploitation. La levée de boucliers a donc incité le gouvernement à reculer en interdisant le 30 juin dernier l’utilisation de la technique de la fracturation hydraulique pour l’exploration et l’exploitation des gaz et huiles de schistes. La possibilité de recourir à d’autres méthodes d’exploitations et forage reste néanmoins ouverte, provoquant là encore l’ire des ONG et des collectifs. Comme Schuepbach, l’autre compagnie possédant des permis, le groupe vient de voir son permis exclusif abrogé, gageons qu’il a la dent dure.

La lutte est loin d’être finie : d’ores et déjà, Total pose la question de la légalité de cette décision. Cette « bataille » qui a eu lieu contre l’exploration et l’exploitation des gaz de schistes, dans le Lot, n’est pas sans rappeler la lutte conduite pendant plus de dix ans par la population du Quercy Blanc contre la mise en place d’une ligne à très haute tension. Le projet défendu à l’époque par RTE devait traverser notre département sans plus d’arguments que les bénéfices de la merveilleuse fée électricité. Qui ne se souvient pas des moments épiques de cette lutte, qui avait également vu se mobiliser de nombreux élus, des associations comme Quercy Blanc Environnement et Quercy Energies pour proposer de réelles alternatives pour nos territoires.

Après la THT, après les gaz de schistes, quelle est la lutte à conduire, la bataille à mener pour mettre en œuvre un véritable avenir énergétique cohérent pour nos territoires ? Faudra-t-il uniquement se contenter de consommer ce que nous consommons aujourd’hui, sans autre remise en question ? Nous ne sommes pas de cet avis. Quercy Energies s’est mobilisé contre les gaz de schistes, contre la mise en œuvre d’une THT sur le Quercy Blanc parce que notre mission est de proposer, promouvoir et élaborer en toute indépendance, sur des bases rationnelles, des alternatives énergétiques locales, renouvelables et durables. Notre association est pour cela impliquée localement, à travers de nombreuses actions auprès des collectivités, des institutions et des citoyens. Ces actions nous conduisent à mieux cerner les enjeux liés aux usages de l’énergie et à leur impact sur l’environnement, comme en comprendre les impacts sociaux et économiques et l’urgence d’une transition de nos usages vers une plus grande sobriété, une plus grande efficacité et pour un développement des énergies renouvelables.

Sobriété, efficacité et énergies renouvelables :
un scénario pour une transition énergétique

La croissance de la consommation des énergies fossiles à toujours été considérée comme un facteur économique positif. Les politiques qui ont prévalu pour stimuler le développement économique, social et environnemental depuis l’aboutissement de la seconde guerre mondiale se sont basées sur l’idée que la réponse aux besoins vitaux (et moins vitaux) de nos sociétés devait se baser sur l’augmentation de la consommation énergétique fossile : si l’on consomme de l’énergie, alors on produit des biens, des services, on commerce et on produit de la « richesse ».  Quand notre système est capable de consommer, le Produit Intérieur Brut augmente et  la croissance de la consommation de tous les produits alimente donc le bien-être de la population. Plus nous consommons d’énergie, plus nous produisons, plus nous commerçons, plus le PIB augmente, plus nous sommes heureux… Peu importe quelle source d’énergie pour quel usage, la croissance d’énergie fossile est étroitement associée avec la consommation et donc du bien-être.

Le graphique ( ci-contre) illustre parfaitement ce paradigme : la crise de 2008 a eu un impact direct sur la production d’énergie primaire (*L’énergie primaire est l’ensemble des produits énergétiques non transformés, exploités directement ou importés) et a affecté notre système énergétique. Ce modèle est directement produit par des principes de l’économie néolibérale qui a fortement marqué les années 70-80. Il a pu apporter certaines réponses urgentes à des besoins sociétaux répondants aux lendemains difficiles d’une guerre mondiale : à titre d’exemples, la reconstruction des systèmes d’énergie électrique (création d’EDF par la nationalisation des syndicats de production d’énergie électrique locaux en 1958) ou la reconstruction de la politique agricole et de la politique agricole commune (P.A.C) qui a permis à la France d’être autosuffisante 25 ans après la fin de la seconde guerre mondiale.

Comme le remarque le Commissariat Général au Développement Durable dans son édition 2010 des chiffres clés annuels de l’énergie : « Entre 1973 et la fin des années 1980, les hausses de prix des chocs pétroliers remettent en cause les choix énergétiques, en incitant à maîtriser les consommations et à les orienter vers d’autres sources. Ainsi, la mise en place du programme nucléaire permet-elle un accroissement substantiel de la production nationale d’énergie primaire, passée de 44 Mtep en 1973 à 138 Mtep en 2008, avant un repli à 130 Mtep en 2009.  La production nucléaire est passée dans l’intervalle de 4 Mtep à 115 Mtep, alors que l’extraction d’hydrocarbures (gaz naturel, pétrole) poursuit son déclin. Les énergies renouvelables ont longtemps stagné avant de connaître ces dernières années un développement significatif ». Face à l’épuisement constaté des ressources fossiles, face à l’urgence climatique, face aux multiples dégâts sociaux et environnementaux croissants et corollaires à l’augmentation de la consommation, il est devenu évident que l’approche d’un système basé sur une logique de pillage des ressources naturelles trouve aujourd’hui ses limites.

De ces externalités négatives, le  système classique d’échange qui fonde notre économie devient malade et a tendance à perdre la tête, ou bien essaie de trouver des « solutions miracles » qui pourraient préserver encore quelques années sa durée de vie, via notamment la quête de nouvelles réserves de pétrole ou de gaz de schistes, ou encore par l’exploitation excessive de l’uranium. Le paradigme de la croissance soutenue par la croissance de la demande en énergie fossile est obsolète : une transition énergétique est donc nécessaire et apparaît comme une solution curative pour une évolution vers un système économique pacifique, responsable d’un point de vue social et environnemental, soutenable par tous et pour tous.

Les bases d’une transition énergétique : sobriété, efficacité, énergies renouvelables

C’est sur la base de la remise en question du paradigme de la croissance de la consommation énergétique que le développement d’une approche différente de la consommation de l’énergie et de la place du développement des énergies renouvelables est née à la fin des années 90 : la démarche « NégaWatt ». Elle privilégie l’analyse des usages et des besoins pour y apporter les solutions énergétiques les plus rationnelles, c’est-à-dire les plus sobres, les plus efficaces et dans la mesure du possible, basées sur une consommation d’énergie d’origine renouvelable. Cette démarche se base sur la nécessité d’une rupture politique et non technologique de l’approche des problématiques énergétiques et environnementales en France (et en Europe). Elle est fondée sur trois principes qui, dans l’ordre, permettent une diminution de la demande en énergie fossile, une amélioration de l’efficacité du système énergétique et une réduction importante de l’impact environnemental des usages de l’énergie par le développement des énergies renouvelables :

  1. D’abord la sobriété énergétique : par définition, disons que la sobriété est «la qualité de ce qui se caractérise par l’absence d’ornements superflus » : autrement dit, il s’agit de replacer l’utilisation de l’énergie au seul besoin que l’on en a et d’en limiter le gaspillage (par ex : éteindre la lumière lorsque l’on n’utilise pas une pièce et favoriser l’éclairage naturel, couper les veilles des appareils électroniques, etc.).
  2. Ensuite l’efficacité énergétique : des appareils et des logements de classe A (grâce à l’amélioration de l’isolation, de la régulation, etc.). Ce potentiel de réduction d’énergie, baptisé potentiel de «NégaWatts» est un formidable gisement disponible tout autour de nous.
  3. Enfin, une fois nos consommations d’énergie diminuées il reste à développer massivement les énergies renouvelables pour couvrir efficacement nos besoins , en diminuant tant que possible leur impact environnemental.

Il s’agit donc de répondre à tous les besoins : cela implique une profonde (re)connaissance de l’utilité de nos usages bien entendu, mais surtout du droit de chacun à accéder à des solutions performantes et moins coûteuses de manière équitable et respectueuse des milieux naturels.

Ainsi, à Quercy Energies nous défendons cette approche en raisonnant sur la base des besoins et des usages : c’est de nous éclairer, de nous chauffer et de nous déplacer dont il est fondamentalement question et pas seulement de ressources uranium, pétrole ou bois….

Pour le département du Lot, la consommation d’énergie finale évaluée par l’Observatoire Régional de l’Energie de Midi-Pyrénées (www.oremip.fr/) en 1999 était, tous usages confondus, de 351 kTEP . Elle représente seulement 6% de la consommation d’énergie finale de la région Midi-Pyrénées (6131 ktep).

 

Source : Oremip / Observatoire de l'énergie en Midi-Pyrénées 1999

A cette date le taux de couverture des besoins du Lot par les énergies renouvelables était de l’ordre de 23 %, principalement par le biais du chauffage bois (50ktep) pour le chauffage et des centrales hydro-électriques pour l’électricité (32 ktep). L’amélioration de ce bilan est importante d’autant que le département du Lot présente de nombreux atouts non négligeables.

Par ailleurs, il faut arriver à circonscrire l’approvisionnement en électricité d’origine nucléaire dans le département du Lot. Comme l’affiche le graphe ci-dessus, la consommation d’énergie électrique issue de la production nucléaire est de l’ordre de 11% !

Autrement dit, la question de son coût social, environnemental et économique peut légitimement être posée, sur la base de son poids relatif dans la balance énergétique finale du département.

Il apparaît ainsi qu’atteindre une production électrique d’origine entièrement renouvelable, est une idée qui n’est pas farfelue sur notre département : sur la base d’une réduction des consommations d’énergie électrique et l’augmentation de la production d’énergie électrique d’origine renouvelable, le Lot pourrait sortir du nucléaire.

Ce débat ne doit p cependant pas en occulter un autre, plus important dans le département, et dans l’absolu en termes de consommation d’énergie : la mobilité des personnes, le transport des marchandises, et la performance énergétique du bâti qui représentent plus de 73% des consommations !

Le bâti dans le Lot est en effet globalement mal isolé (la plus grande partie des logements et des bâtiments sont antérieurs à la première réglementation thermiques de 1973), et le tout-automobile s’est facilement affirmé dans un département où les communications sont vitales, les durées de transports importantes, malgré des distances relativement réduites.

Source : Oremip / Observatoire de l'énergie en Midi-Pyrénées 1999

Un réel effort de maîtrise de nos consommations d’énergie permettrait à minima de diminuer significativement le niveau de consommation et d’augmenter par conséquent la part du renouvelable dans la production et la consommation d’énergie totale.

Le scénario énergétique 2011 élaboré par les experts du réseau Négawatt montre que le gisement de « Négawatt » au niveau national représente un potentiel d’économie d’énergie d’environ 65% d’ici 2050 !

Pour contribuer à ce programme de transition énergétique, Quercy Energies dispose en interne de compétences et d’outils, mais travailler seuls à l’élaboration d’un scénario négaWatt, d’une perspective d’un département du Lot « à énergie positive », comme au portage de solutions spécifiques ne nous semble pas cohérent avec les enjeux et avec les conditions de réussite d’une réelle transition énergétique.

Il y a en effet nécessité pour chacun de s’engager dans la transition, de la comprendre et de la partager. Il y a nécessité pour Quercy Energies de proposer à chacun de participer à sa formalisation, d’un point de vue qualitatif et quantitatif. C’est de cette façon qu’une mobilisation concrète pourra voir le jour et que la perspective d’aboutir à des résultats en cohérence avec les enjeux sociaux, environnementaux et économiques locaux pourra prendre corps.

Nous souhaitons engager des échanges avec chaque territoire, chaque groupe de transition dans le cadre de notre programme d’action 2012 : L’association privilégiera un programme d’animation proche des territoires et des citoyens lotois, de façon à faire contribuer autant que possibles les lotois à l’élaboration de scénarios cohérents pour l’avenir du département. Nous proposerons ainsi des ateliers d’échanges, conférences et journées débats autour de ce thème, avec nos partenaires habituels et ceux qui le souhaiteront, pour produire et partager les résultats de nos réflexions. Il nous faudra « libérer les énergies de la transition » ensemble pour y arriver !

L’équipe de Quercy Energies

Novembre 2011

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